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Dossier et enquête sur les films distribués au Québec

M.Steve Gagné a préparé un dossier portant sur le fait français et les titres DVD distribués au Québec. Ce dossier a connu un certain écho dans les médias québécois au cours de la semaine du 8 au 14 mai 2005. On pensera aux articles parus dans La Presse, Le Devoir, Le Soleil et sur les site Internet de Radio-Canada et Canoe.com. Texte extrait du site www.dvdenfrancais.com.

1- Emballage non conforme (art. 51)

Les grands distributeurs de films DVD, étrangers et du Canada anglais, offrent encore aujourd’hui des emballages et des pochettes non francisés même si la trame sonore française y est incluse, ne respectant pas ainsi l’art. 51 de la Charte de la langue française. (voir exemples en annexe 1)

Une inscription sur un produit culturel ou éducatif tels un film ou une bande magnétique peut être rédigée uniquement dans une autre langue que le français si son contenu est dans une autre langue que le français (Règlement sur la langue du commerce et des affaires, article 2).

En effet, il existe à propos des produits culturels et éducatifs une exception importante en matière d'emballage et d'étiquetage, qui vise les livres, disques compacts ou DVD, cassettes audios ou vidéos, etc. Ces produits peuvent être présentés dans un emballage sans aucun contenu en français, s'ils comportent un contenu dans une autre langue que le français ou s'ils ne comportent aucun contenu linguistique.

L'exception ne s'appliquerait pas à un tel produit s'il comportait un contenu linguistique en français, et l'étiquetage et l'emballage devraient alors se conformer à la règle générale (Charte, article 51).

Pour cette raison, les disques DVD, qui comportent une trame sonore dans plusieurs langues y compris le français, doivent être présentés dans un emballage en français, ou à la fois en français et dans d'autres langues.

2- Absence d’une trame sonore française malgré une disponibilité dans un autre pays

Un film DVD distribué au Québec qui n’inclut pas la trame sonore française est pratiquement toujours disponible en français dans un autre pays comme la France. Par exemple, le magnifique film La Vie est belle de Roberto Benigni est encore en anglais au Québec, alors qu’en France le film est sorti à deux occasions avec la trame sonore française.

3- Les suppléments rarement francisés et pratiquement jamais sous-titrés

Également les bonus des films DVD, de plus en plus populaires, sont généralement présentés en anglais (90 %) et, pire encore, peu souvent sous-titrés en français. En France, les bonus et les suppléments non traduits bénéficient toujours au moins d’un sous-titre français. Par exemple le film populaire Slap Shot, distribué au Canada et en France, inclut les mêmes suppléments en anglais pour les deux pays. La différence ? La France bénéficie de sous-titres français pour tous les suppléments sur le film, alors qu’au Québec… aucun sous-titre français?

4- Manque d’uniformité et de constance

Depuis la sortie des films DVD sur le marché, les consommateurs québécois font face à un grand manque d’uniformité et de constance. On ne sait jamais si le prochain film qui va sortir sera disponible en français. Parfois, sur le même DVD, on retrouve trois suppléments avec trames sonores anglaises, dont un est sous-titré en français, plus un autre en langue française sous-titré en anglais et ainsi de suite.

5- Manque d’harmonisation des coffrets contenant plusieurs disques

Le consommateur québécois qui achète plusieurs coffrets d’une série télévisée ou d’une collection spéciale en plusieurs volumes, se fait parfois duper à fort prix. Trop souvent, une suite ou un second volet arrive avec une trame et un emballage anglais, et cela, même si les séries ont été traduites et rendues disponibles dans un autre pays.

Par exemple, le coffret Smallville est disponible avec la trame sonore française dans le volume 1, mais surprise!, le volume 2 arrive avec un emballage et une trame sonore seulement anglais. Autre exemple : la collection en DVD de Star Trek (10 films) et de Superman (4 films), il y a absence de la trame sonore française sur le premier film dans les coffrets.

Il y a aussi la collection Stanley Kubrick (9 films DVD) au coût approximatif de 200 $ dont les films Barry Lyndon et Eyes Wide Shutb n’ont pas de version française.

6- Indications dissimulées des trames sonores

Il y a aussi à considérer la fréquente dissimulation de la trame sonore sur certains DVD.

Si on obtient le film populaire Enter the Dragon de Bruce Lee, on remarque que le distributeur a fait inscrire, au dos de la pochette du DVD : Languages & Subtiles : English, French and Spanish, alors que la seule langue disponible sur le DVD est l’anglais, avec sous-titres français, anglais et espagnol.

Il est également très difficile de trouver et de chercher les langues disponibles qui sont très souvent inscrites en très petits caractères au bas de la pochette.

7- Absences de certaines indications techniques offertes par le fabricant

Bien que cela soit peu fréquent, il arrive parfois qu’un DVD qui indique la version panoramique 16:9 ne joue que dans un format d’écran 4:3, ou bien qu’un DVD soit inversé sur le deuxième DVD lors de la lecture.Par exemple : The King in NewYork
et Woman of Paris.

Plus fréquemment, il arrive qu’une langue et un sous-titre offerts en français ne soient pas disponibles à la lecture. Dans le cas des films My Darling Clementine et The Diary of Anne Frank , MGM indique que la trame française est disponible, mais elle est absente lors de la lecture.

8- Distribution limité de la version française

Lors de la sortie d’une nouveauté en DVD, il arrive, et cela de plus en plus, que la version française de la trame sonore et l’emballage soient distribués de façon limitée. Bien sûr, distribuée en plus grande quantité, la version anglaise reste encore disponible dans les rayons des détaillants face à une version française beaucoup plus rare. Un très bon exemple : la sortie récente du coffret The Chaplin Collection Volume 1 que le distributeur a mis en marché, avec un emballage français, chez quelques rares détaillants au Québec. Elle se retrouve maintenant pratiquement disparue des tablettes pour ne faire place qu’à la version anglaise.

9- Distribution simultané et limité de la version française

Des distributeurs DVD, comme la Warner Home Video, font de la vente en simultané, c’est-à-dire que le même film en DVD sort dans sa version complète séparément dans une pochette anglaise et française. Par la suite, le DVD est distribué dans sa version française à plus petite échelle et devient rapidement rare. Il accoutume de la sorte le consommateur à se contenter de la version anglaise, toujours disponible en magasin. Opération Dragon et La Collection Chaplin Volume 1 en sont de bons exemples.

10- Distribution de l’édition spéciale sans la version française

Depuis quelques années, pour mousser les ventes, les grands joueurs du DVD offrent une nouvelle version d’un film DVD, déjà distribué par le passé dans une toute nouvelle édition spéciale allongée, communément appelée, « édition du collectionneur », « édition spéciale », « version longue », « version inédite », etc. Or, ces éditions ne comprennent pratiquement jamais la version ou le sous-titre français, même si le film avait auparavant « bénéficié » de la version française. Le film The Dances With The Wolves est un bon exemple.

Avec la collection spéciale Studio Classics, la 20th Century Fox nous offre un exemple de négligence flagrante de l’art. 51 avec l’omission du français à plusieurs niveau : à l’intérieur des pochettes des DVD, on retrouve un encart publicitaire en anglais, un encart promotionnel en anglais et un dépliant explicatif du film en anglais. Cette collection comprend environ 20 films DVD.

11- Emballage et trame sonore anglaises pour les productions françaises

Il est assez étonnant de voir des classiques français comme Le Grand Bleu, Jean de Florette, et Manon des sources, produits et tournés en France, mais arriver au Québec avec des emballages exclusivement en anglais.

Pire encore : le film Le Cinquième élément, tourné par un réalisateur français, est disponible seulement en langue espagnole et anglaise au Québec… N’importe quoi!

12- Distribution tardive de la version française

Il arrive parfois de voir un film DVD en version française arriver quelques mois et même quelques années plus tard après la sortie de la version anglaise, comme le magnifique film Il danse avec les loups, qui est arrivé en français dans une version médiocre, sans édition spéciale, pratiquement cinq ans et demi plus tard, alors qu’il était déjà disponible en France depuis cinq ans.

En conclusion

Pour ma part, je trouve très important d’intégrer, avec respect et équité qui nous sont dus, l’économie spécifique du commerce québécois au marché nord-américain anglophone. À ce sujet, la Commission de protection de la langue française a joué un rôle important et nécessaire pour sensibiliser les grands joueurs de l’industrie du DVD, lors de la rencontre du 20 février 2001 tenue avec quelques représentants canadiens de l’industrie des disques DVD, dont Warner Brothers, Columbia Tristar (Sony) et Universal Studios.

Après cette rencontre, la Commission avait fixé, avec les distributeurs, la date du 31 mai 2001 comme limite pour la francisation adéquate de l’emballage. Mais, après quelques mois, cela n’a pas empêché la recrudescence de l’omission du français de la part des distributeurs de DVD sur le marché québécois.

Il est important d’établir un lien de confiance et de dialogue, mais je crois que la distribution des DVD sur le marché québécois demande d’être réglementé de façon coercitive afin de régler une fois pour toute la problématique de la francisation de ces produits. Je suis d’avis qu’il est peine perdue que les consommateurs fassent des plaintes cas par cas à chaque fois qu’un distributeur de DVD omet de respecter l’art. 51 de la Charte, qui est constamment bafoué et non respecté.

À cet effet, je suggère à l’Office québécoise de la langue française d’amender la loi en y ajoutant un article équivalent à l’article 52.1 (sur les logiciels et ludiciels) qui s’applique également aux films DVD. Cet article viserait à faire en sorte qu’une trame sonore française soit offerte au Québec seulement si elle existe déjà dans un autre pays: un DVD dont il n’existe aucune version française pourrait donc être offert dans sa langue originale, dans un emballage français ou bilingue, avec au moins des sous-titres français. Cela s’appliquerait également pour les bonus et les suppléments les accompagnant.

Cette nouvelle disposition pourrait s’avérer très efficace, car elle aurait un effet d’entraînement sur les grands distributeurs au Canada et étrangers sur l’importance du marché francophone au Québec, tout en les obligeant à offrir de plus en plus de films en français au Québec. Cela permettrait également d’uniformiser et d’harmoniser systématiquement, une fois pour toutes, les DVD au Québec qui arrivent souvent comme une « boite à surprises » pour les détaillants et pour les consommateurs québécois, souvent frustrés, qui n’ont d’autres choix que de se rabattre sur la version anglaise.

Les Québécois sont reconnus pour être de très grands consommateurs de cinéma et de DVD. Déjà, chez les jeunes Québécois, on sent une nette préférence pour la version originale anglaise d’un film, une résultante qui verse vers une désensibilisation et un désintéressement de la langue française. Avec la mondialisation et l’importance du marché anglophone au Québec, il est de plus en plus pressant et important de prendre les dispositions nécessaires et vitales afin de contrer l’« anglobalisation » du marché du DVD et protéger la langue française au Québec.

J’ai personnellement effectué des démarches à plusieurs reprises pour faire respecter l’art. 51 concernant les films DVD, mais je me suis buté à l’inertie et au désintéressement de la plupart des détaillants à Québec (Futur Shop, Archambault, HMV, etc.), des gérants, des vendeurs, du manufacturier et du distributeur. (Voir document : Demande de vérification d’un cas de non-respect de la Chartre de la langue française.)

La situation que je dénonce ici constitue une violation de l’article 205.1 , car « toute personne ou société qui distribue un produit, le vend au détail, le loue, l’offre en vente, en location ou autrement sur le marché, même gratuitement, doit s’assurer que les inscriptions sur ce produit et les documents qui l’accompagnent sont conformes aux dispositions de la Charte de la langue française».

Je veux croire en l’avenir et à la survie de la langue française au Québec, mais le respect d’une langue passe aussi par le respect des autres face à notre différence.
Je vous remercie de votre attention et me déclare disponible à vous rencontrer ou à vous donner plus d’information liée au problème de la distribution inadéquate des films DVD au Québec.

Je vous prie de recevoir mes meilleures salutations,

ce 10e jour de août 2004.

Steve Gagné

Courriel : jimmyrode@videotron.ca

c.c. : Madame Mélanie Maisonneuve, attachée politique de la Ministre Line Beauchamp, pour l’application de la Charte de la langue française

Madame Nicole René, présidente de l’Office québécois de la langue française

Monsieur Mark Beaton, directeur de la direction du traitement des plaintes à l’Office québécois de la langue française

Monsieur William Cusano, président de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Monsieur André Boulerice, vice-président de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Madame Jocelyne Caron, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Madame France Hamel, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Madame Diane Legault, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Madame Nicole Léger, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Monsieur Éric R. Mercier, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Monsieur Pierre Moreau, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Madame Lucie Papineau, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Monsieur Dominique Vien, de la commission parlementaire de la Culture de l’Assemblée nationale du Québec

Monsieur Mario Dumont, Chef du partie Action démocratique du Québec

Directeur du bureau de la recherche du partie Libéral du Québec

Directeur du bureau de la recherche du partie Québécois du Québec

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Les Productions Steve Gagné
jimmyrode@videotron.ca